Aujourd’hui, Guitar Play fête ses 10 ans ! Dix ans que le magasin a ouvert ses portes à Luçon : l’occasion de vous raconter son histoire, depuis le tout début.
En 2015, j’ai quitté la région parisienne pour venir vivre à Luçon. Avant ça, j’avais l’habitude de passer mes samedis chez mes copains de Music Lab, à Poissy.
Et quand je dis que je passais mes samedis chez eux, ce n’était pas juste pour aller faire un tour dans un magasin de musique. On passait la journée à jouer de la guitare entre potes. On discutait, on essayait du matériel, on jouait encore… et le soir, à la fermeture, ça finissait bien souvent autour d’un apéro.
Guitar Play, une idée née à Luçon
En arrivant à Luçon, ça m’a rapidement manqué. J’ai bien visité les magasins de musique aux alentours, mais je ne m’y sentais pas chez moi, pas comme chez Music Lab.
Un local vide en centre-ville
Puis j’ai vu un local commercial vide dans le centre-ville de Luçon, rue Georges-Clemenceau. Et je me suis dit :
« Pourquoi je n’ouvrirais pas un magasin de musique ici ? »
Une fois que cette idée a germé dans ma tête, j’ai commencé un petit peu à me renseigner, en passant d’abord à l’agence pour connaître le prix du loyer. Il fallait aussi chiffrer les travaux, le mobilier et le coût d'achat des premières marchandises, sans oublier les frais comptables et ceux d’ouverture de la société. Tout ça formait l’investissement de départ, c’est-à-dire le prêt bancaire à obtenir. Comptable de formation, j’accordais beaucoup d’importance à l’aspect financier pour savoir si le projet était viable.
Les conseils de Music Lab
J’ai appelé mes amis de Music Lab pour leur parler de mon projet et leur demander conseil, notamment sur les fournisseurs à contacter pour constituer un stock de départ. Ce n’est pas une mince affaire quand on part de zéro ! C’est grâce à eux que j’ai pu obtenir des devis, et savoir combien il fallait que j’emprunte auprès de la banque.
Alors, j’avoue que ce n’était pas très simple. Le projet n’était pas du tout programmé, et je n’avais pas forcément d’argent de côté pour monter un stock gigantesque. Je suis parti avec les moyens du bord, un petit peu à l’aventure. Et j’ai pu ouvrir le magasin le 12 octobre 2016, rue Clemenceau à Luçon.
Avant l’ouverture, les travaux
Pour revenir un peu en arrière, il a fallu faire quelques travaux avant l’ouverture. Par chance, il y avait déjà des panneaux pour accrocher les guitares au mur : j’en ai juste racheté quelques-uns pour les accessoires. Côté mobilier, il fallait un comptoir, des étagères et, bien évidemment, des vitrines.
Électricité, alarme et enseigne
Les travaux, c’était surtout de l’électricité, avec des prises au mur pour le réseau et l’informatique. Il y a eu aussi la pose d’une alarme et de l’enseigne, la peinture de la porte qui était vieillissante, et un tapis antidérapant à l’entrée pour les jours de pluie. Plein de petits détails comme ça ! Restait ensuite à réceptionner les marchandises, tout déballer et tout installer, sans oublier le contrat d’électricité et la connexion internet chez Free.
Un premier jour sans internet
Ce qui est assez rigolo, c’est que le jour de l’ouverture, la connexion internet ne fonctionnait pas. Résultat : pas de TPE pour encaisser par carte bancaire, et j’envoyais les clients à la banque juste en face !
Bien sûr, il y avait l’excitation de l’ouverture, et des nuits courtes avant le 12 octobre. J’ai toujours dormi, mais parfois pas avant 2 ou 3 heures du matin, et il fallait se lever tôt pour préparer le magasin. Sans oublier tout ce qu’il y avait à gérer : l’inscription au registre du commerce, l’ouverture du compte bancaire professionnel, la demande de TPE… Mais ce sont de très, très bons souvenirs : l’accueil des premiers clients, les premières ventes, et les petits tracas aussi, puisque tout va avec. C’était une expérience nouvelle et incroyable pour moi, plutôt introverti à la base : communiquer avec les gens, et donner des cours de guitare quasiment dès le départ. Elle était vraiment sympa, cette ouverture.
Les premiers mois se passent super bien. Je rencontre beaucoup de gens, et les musiciens sont contents d’avoir un magasin de musique à Luçon. L’un d’eux me traite même de fou : selon lui, il fallait être gonflé pour ouvrir une boutique ici. Dix ans après, il est toujours épaté qu’elle tienne. Car il faut être honnête : le commerce est plus difficile aujourd’hui qu’il y a dix ans, pour pas mal de raisons que je vous explique plus bas.
Les premiers coups durs
Décembre se passe bien, avec un premier marché de Noël à Luçon, sur deux jours au début du mois, et de nombreuses ventes pour les fêtes. Puis arrive un couac complètement indépendant de ma volonté. Quelques semaines plus tôt, j’avais appris que la rue Clemenceau serait fermée à la circulation de la mi-janvier à la mi-juin. Au programme : des travaux sur les canalisations de gaz et d’eau, puis la réfection complète des trottoirs et de la chaussée.
Cinq mois de travaux dans la rue
Ces cinq mois ont été très compliqués. Les gens ne pouvaient pas venir facilement, puisque la rue était barrée très haut. Quelques clients arrivaient quand même jusqu’au magasin, et le chiffre d’affaires n’était pas à zéro tous les jours. Mais après un décembre déjà pas mal du tout, les journées ont été difficiles, et je me suis fait des cheveux blancs !
La maison de la presse et les Gilets jaunes
Autre coup dur : la fermeture de la maison de la presse, juste en face de Guitar Play. Les gens qui venaient y acheter le journal du matin, et plein d’autres choses, sont allés ailleurs, et passaient moins par le centre-ville.
Puis il y a eu le mouvement des Gilets jaunes. Luçon a été très peu touchée, et pourtant l’affluence a bizarrement baissé dans le centre-ville. Je n’ai jamais réussi à me l’expliquer : il n’y avait que quelques rassemblements à un rond-point ou deux, rien de bloquant pour les boutiques. Ça a été une période assez étrange pour le centre-ville.
De 64 à 120 mètres carrés
Le premier local faisait 64 mètres carrés. Aménagé avec les moyens du bord, il n’était pas très grand, mais il a permis de lancer Guitar Play et de le faire connaître. C’est là que sont nés les cours de guitare, les premiers bœufs et les répètes avec les clients : vraiment des moments sympas. Côté chauffage, en revanche, c’était un gouffre énergétique : des radiateurs électriques, l’air qui passait sous la porte, et pas de réserve du tout pour stocker. C’était un peu la démerde des débuts.
Le déménagement d’août 2019
En août 2019, le magasin a déménagé dans un local deux fois plus grand : 120 mètres carrés, avec une vraie réserve et une salle dédiée aux répètes, aux bœufs et aux cours. Il y a aussi une vraie cuisine pour la machine à café, le micro-ondes et le frigo, des toilettes séparées, et de quoi entreposer les cartons pour la déchetterie. Un très bon espace, avec quand même un gros défaut : une énorme vitrine en plein soleil tout l’après-midi, qui m’empêche d’exposer tout ce que j’aimerais.
Ce déménagement arrive quelques mois avant le Covid-19, dont on entend parler pour la première fois en décembre. Il a fallu investir à nouveau : les enseignes, la lumière au plafond, qui n’existait pas, un ou deux radiateurs en plus, des prises pour le réseau et de nouveaux supports muraux pour les guitares. Cette fois, ces dépenses étaient largement absorbables. Sauf qu’on ne savait pas encore que le Covid-19 allait fermer les magasins deux mois, de mi-mars à mi-mai 2020, puis tout novembre, juste avant Noël.
Le Covid, le plus gros coup dur
Ça a été, je pense, le plus gros coup dur. Dans une petite ville comme Luçon, on aurait très bien pu accueillir une personne à la fois, avec les masques. Ce genre d’histoire arrive toujours au mauvais moment : des factures fournisseurs à payer, et plus aucune rentrée d’argent pendant deux mois.
Le PGE pour tenir
L’État aide un petit peu et propose le PGE, mais il n’y a pas cinquante solutions : soit on prend le PGE, soit on arrête. Payer le loyer, les fournisseurs et le salaire sans rien encaisser, c’est faisable un mois, un mois et demi, pas plus. Les petits commerces de centre-ville n’ont pas la trésorerie pour tenir plusieurs mois.
Novembre 2020, juste avant Noël
Le premier confinement a été géré comme on a pu. Mais le pire, je pense, a été le deuxième, en novembre 2020. Fermer les magasins non essentiels juste avant les fêtes, ça a été catastrophique : les gens ont fait leurs achats sur internet, et nous, les petites boutiques, on l’a payé cet hiver-là.
Voilà pour le tour d’horizon des couacs.
Après la pluie, le beau temps
Depuis le Covid, le monde du commerce a changé. Les habitudes d’achat ont évolué, internet a pris plus de place, et avec la hausse du coût de la vie, chacun fait un peu plus attention à son budget. C’est bien normal : une guitare reste un plaisir, et ceux-ci passent après l’essentiel. Le magasin vit des périodes plus calmes qu’à ses débuts, mais il est encore là, et il s’adapte, comme il l’a toujours fait. Et comme je le dis souvent, après la pluie vient le beau temps : je reste optimiste pour les mois et les années à venir.
Dix ans de belles rencontres
Ce que je trouve positif depuis dix ans, c’est le nombre de personnes vraiment sympathiques que j’ai rencontrées. J’ai eu la chance de ne pas avoir trop de soucis avec les clients, même s’il y en a forcément eu : il y a toujours quelqu’un d’insatisfait d’un service, d’un renseignement ou d’un prix. Mais globalement, je suis vraiment content de cette expérience. En dix ans, j’ai noué beaucoup d’amitiés, et ça, c’est assez incroyable.
Sell One, Vend’n Rock et la suite
Ça m’a aussi permis de jouer en groupe, avec Sell One et Vend’n Rock, et je travaille actuellement à monter une autre formation avec d’autres musiciens. On va voir ce que ça va donner, mais franchement, avoir ce commerce a complètement changé ma vie, y compris personnelle. Je remercie vraiment tous ceux qui sont venus au magasin : les plus fidèles, ceux que je vois un peu moins aujourd’hui, et malheureusement aussi quelques clients qui nous ont quittés. C’est l’histoire de la vie, comme on dit. Mais c’est vraiment une très belle expérience.
Rendez-vous pour les 20 ans ?
Il me reste à peu près dix ans à travailler avant la retraite. Alors pourquoi pas tirer ma révérence pour les 20 ans du magasin ? J’espère que quelqu’un de plus jeune pourra reprendre la main et continuer de faire vivre Guitar Play le plus longtemps possible. Ce serait la cerise sur le gâteau pour moi : pouvoir transmettre ce que j’ai construit avec vous pendant toutes ces années.










Merci à tous pour ces 10 ans de plaisir en musique !