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Stairway to heaven, le chef d'oeuvre de Led Zepellin


Il y a des morceaux qu'on ne présente plus. Stairway to Heaven en fait partie, au point qu'on en oublierait presque qu'il s'agit d'une chanson et pas d'un monument. Huit minutes, trois parties, un crescendo qui part d'un arpège tout simple pour finir en fanfare électrique. J'avais déjà consacré quelques lignes à ce morceau il y a longtemps, un texte un peu court qui ne rendait pas justice à tout ce qu'il y a à raconter dessus. Alors on reprend depuis le début.

Un riff né dans une cabane galloise

L'histoire commence loin des studios, en 1970, dans un cottage isolé du pays de Galles, Bron-Yr-Aur, où Jimmy Page et Robert Plant s'étaient retirés après une tournée américaine. Page traînait toujours un magnétophone à cassette avec lui, et Stairway est littéralement né de bouts de bandes accumulées au fil des mois. Il expliquera plus tard avoir eu « l'idée d'un morceau qui continuerait à se déployer, couche après couche », sans savoir encore à quoi ressemblerait le résultat final.

Le morceau restera un moment de côté, une esquisse parmi d'autres, avant de ressurgir un peu plus tard la même année à Headley Grange, un ancien hospice du Hampshire sans grand charme mais avec une acoustique redoutable, où le groupe s'installe pour composer ce qui deviendra Led Zeppelin IV. C'est là que Page joue l'ébauche à John Paul Jones, qui en repart immédiatement enthousiaste et passe la nuit à construire les arrangements : la ligne de clavier, la basse, la place du solo.

Robert Plant et les paroles écrites au coin du feu

Une anecdote revient systématiquement dans la bouche de Page : Robert Plant, assis contre un mur à Headley Grange près d'un feu de cheminée, aurait écrit une bonne partie des paroles quasiment d'un jet, au crayon, en quelques passages du morceau. Page a toujours affirmé qu'une écoute de la première bande de répétition suffit à s'en convaincre, avec un pourcentage impressionnant du texte déjà là, improvisé sur le moment. Des bandes de ces répétitions existent bel et bien : huit d'entre elles ont même été versées comme pièces à conviction dans un procès des années plus tard, sans jamais être rendues publiques au grand public.

Les fameuses flûtes à bec qu'on entend dès l'introduction, elles, viennent d'une idée de John Paul Jones, pour donner d'emblée une couleur presque médiévale au morceau avant que la guitare acoustique de Page ne prenne le relais.

Une Telecaster au studio, une double manche sur scène

Petite correction à apporter à ce qu'on racontait ici il y a une dizaine d'années : le solo tel qu'on l'entend sur l'album n'a pas été enregistré sur la fameuse Gibson double manche. En studio, Page a utilisé sa Fender Telecaster, celle-là même que lui avait offerte Jeff Beck, et qui lui avait déjà servi sur le premier album du groupe. La Gibson EDS-1275, avec ses douze cordes sur le manche du haut et ses six cordes classiques en dessous, n'est arrivée qu'après, quand il a fallu trouver un moyen de jouer le morceau en entier sur scène sans changer de guitare entre l'arpège du début, joué sur les six cordes du bas, et les nappes en douze cordes du reste du morceau.

Jimmy Page et sa Gibson EDS-1275

Le résultat est aussi impressionnant à regarder qu'à écouter : une guitare imposante, lourde à porter en concert, mais qui est devenue à elle seule un symbole du groupe, presque autant que le morceau lui-même.

Une construction pensée comme un thermomètre

Ce qui frappe le plus à la réécoute, c'est la construction. Le morceau démarre en solo, guitare acoustique et flûtes à bec, presque murmuré, sans un seul coup de batterie. John Bonham n'entre en scène qu'après près de quatre minutes, au moment où le morceau change de tempo et de couleur, et c'est cette lente montée en puissance, sans jamais brusquer l'auditeur, qui donne au solo final toute sa force. Page a toujours décrit cette envie de « faire accélérer le morceau à tous les niveaux, musical comme émotionnel », une construction pensée comme un thermomètre qui grimperait tout du long.

Les sessions se sont étalées sur plusieurs lieux entre décembre 1970 et février 1971 : les prises de guitare acoustique et de voix ont d'abord été posées aux Island Studios de Londres, avant que le gros du travail d'arrangement ne se fasse à Headley Grange grâce au studio mobile des Rolling Stones, garé devant la maison. Page est ensuite retourné à Londres pour enregistrer le fameux solo, dans une prise qu'il a longtemps présentée comme largement improvisée sur le moment, sans grille précise à suivre.

Un accueil bien plus tiède qu'on ne l'imagine

Autre détail qui surprend toujours les clients du magasin quand je le raconte : à sa sortie, le morceau est loin de faire l'unanimité. Certains retours de presse de l'époque, y compris dans des magazines pourtant plutôt favorables au groupe, jugent le titre trop long, trop ambitieux, voire prétentieux pour un groupe de hard rock. L'album lui-même sort sans titre officiel, seulement représenté par quatre symboles choisis individuellement par chaque membre du groupe, en réaction directe aux critiques jugées trop sévères essuyées par l'album précédent. Le symbole de Page, souvent surnommé « Zoso » par les fans même si ce n'est pas un mot, n'a d'ailleurs jamais reçu d'explication officielle de sa part.

Le public, lui, ne s'y est pas trompé bien longtemps : porté par les radios FM américaines qui l'adoptent presque immédiatement, Stairway to heaven devient en quelques années l'un des morceaux les plus diffusés de l'histoire du rock, cité pendant longtemps comme la chanson la plus jouée sur les ondes américaines, avec plusieurs millions de passages radio cumulés selon les estimations de la BMI. Une popularité d'autant plus étonnante qu'elle repose entièrement sur la radio et le bouche-à-oreille, jamais sur les ventes d'un single.

Impossible de parler de Stairway to heaven sans évoquer sa ressemblance avec Taurus, un instrumental du groupe américain Spirit sorti en 1968, trois ans avant Led Zeppelin IV. Les deux groupes s'étaient croisés sur scène en 1968 et 1969, ce qui a nourri, des décennies plus tard, une plainte pour plagiat déposée en 2014 par les ayants droit de Randy Wolfe, le guitariste de Spirit disparu en 1997.

Jimmy Page et Robert Plant

Le dossier a fait des allers-retours dans les tribunaux américains pendant six ans : un premier procès en 2016 tranche en faveur de Led Zeppelin, une cour d'appel annule ce jugement en 2018 pour vice de procédure, avant qu'un nouveau jugement en 2020, confirmé cette fois par la Cour Suprême qui refuse d'examiner l'affaire, ne mette un point final au dossier, définitivement en faveur du groupe. Jimmy Page a toujours maintenu qu'il n'avait jamais entendu Taurus avant que l'affaire n'éclate, et les musicologues appelés à la barre ont rappelé que cette suite d'accords descendante était utilisée depuis des siècles bien avant Spirit ou Led Zeppelin.

Le morceau le plus diffusé... jamais sorti en single

Autre bizarrerie : Stairway to Heaven n'est jamais sorti en single. Atlantic Records aurait pourtant adoré en sortir un, mais le groupe a toujours refusé de découper ses huit minutes pour les besoins d'un format 45 tours. Ce qui ne l'a pas empêché de devenir l'un des morceaux les plus joués de l'histoire des radios FM américaines, au point que certaines stations ont fini par bannir purement et simplement sa diffusion, lassées de le passer en boucle depuis des décennies.

Un message satanique... si on la joue à l'envers

Le morceau a aussi eu droit à son petit épisode de panique morale. Au début des années 1980, en pleine vague américaine autour des messages cachés dans le rock, un pasteur a affirmé qu'en passant certains passages de Stairway à l'envers, on pouvait entendre des références sataniques. L'affaire a pris une tournure presque comique en avril 1982, quand une commission de l'Assemblée de Californie a sérieusement organisé une audition sur le sujet, avec la chanson jouée à l'envers devant des élus pour appuyer un projet de loi réclamant des étiquettes d'avertissement sur les disques. Le label du groupe a répondu avec un flegme parfait que leurs platines ne tournaient que dans un sens. Robert Plant, de son côté, s'est toujours dit sincèrement agacé par l'histoire, rappelant que le morceau avait été écrit avec les meilleures intentions du monde.

Une popularité qui a fini par lasser son propre chanteur

Ironie du sort pour un morceau aussi vénéré : Robert Plant a fini par s'en lasser, allant jusqu'à plaisanter sur le fait qu'il ne le rejouerait plus volontiers un jour de mariage. Le titre est devenu tellement incontournable dans les magasins de musique américains que la scène culte de Wayne's World, où le vendeur pointe un écriteau « No Stairway « au-dessus du mur de guitares pour dissuader les clients de la rejouer pour la centième fois, n'est finalement qu'une exagération à peine caricaturale d'une réalité bien connue des vendeurs de magasins de guitares, y compris chez nous.

Led Zeppelin

Un mot pour finir

Je suis tombé dedans gamin, comme beaucoup, en même temps que Whole Lotta Love ou Moby Dick, et ce n'est que plus tard que Stairway to heaven a vraiment pris toute sa place dans ma bibliothèque. Aujourd'hui encore, je retravaille régulièrement l'arpège d'ouverture sur ma Les Paul, un excellent exercice pour qui débute le fingerpicking : les positions restent simples, main gauche posée sur les cases 5 à 7, mais le tempo qu'il faut tenir sans jamais accélérer est un piège classique, surtout sur les premières mesures où l'on est seul face au silence.

Si vous voulez vous y frotter, mieux vaut commencer lentement au métronome, sans chercher à reproduire le son de disque tout de suite : la propreté du jeu à vide compte plus que la vitesse. Une guitare électro-acoustique avec un manche pas trop large facilite grandement l'exercice, surtout pour les débutants qui viennent de l'électrique pur et ne sont pas encore habitués à l'écart entre les cordes d'une folk. Une fois l'arpège maîtrisé, le passage à la partie électrique se fait naturellement, et c'est là que le plaisir commence vraiment : peu de morceaux offrent une telle sensation de montée en puissance progressive rien qu'en travaillant patiemment section après section.

Petite anecdote personnelle pour finir cet article : il y a quelques années, je suis en cours de guitare avec mon prof de guitare Nicolas du site GuitarSpeed99. Il donnait des cours groupés de 3 élèves et j'avançais bien plus vite que les deux autres (étant un gros bosseur, rien de plus logique). A la fin du cours, Nico me demande quel morceau j'aimerais travailler le samedi suivant. Je lui réponds du tac au tac : Stairway to heaven. Il est OK et on se donne rendez-vous à la semaine prochaine.
Je rentre chez moi et je me dis que le morceau à l'air compliqué. Je récupère la tablature sur son site Internet (que j'ai développé pour l'anecdote) et je commence à le travailler. Tous les jours, je bosse dessus entre 4 et 6h à m'en faire saigner les doigts.
J'arrive au cours le samedi, Nicolas me dit : "On attaque Stairway to heaven ?". Sans me démonter, je commencer à jouer l'intro et je vais jusqu'au bout. Il était fou de rage. :-)))))))))))

Maintenant je vous laisse avec la version studio, à écouter en boucle sans complexe. Même à la centième écoute, elle ne prend pas une ride. C'est à ça que l'on reconnait un chef d’œuvre.

1 commentaire

Sympa cette écriture, des anecdotes que je ne connaissais pas.
Au plaisir de te relire

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