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Votre ampli : à lampes, transistor ou pédalier numérique ?


Deux guitaristes peuvent jouer exactement avec la même guitare, les mêmes riffs et sonner de manière totalement différente. La raison : la plupart du temps, c'est l'ampli qui se trouver derrière qui transforme le signal en son. Depuis les années 1950, trois grandes familles se disputent la place sur scène et en studio, et chacune a son histoire, ses défenseurs, et ses fans absolus. Comme le magasin en propose des trois sortes, voilà de quoi vous aider à comprendre ce qui se cache derrière ces mots.

La lampe, le son qui a tout inventé

Au départ, il n'y a pas vraiment de choix : dans les années 1950 et 1960, tous les amplis fonctionnent avec des lampes (des tubes à vide), une technologie héritée directement de la radio d'avant-guerre. Leo Fender construit ses premiers amplis avec cette technologie, sans se douter qu'un de ses modèles allait, sans le vouloir, donner naissance à toute une autre marque de l'autre côté de l'Atlantique.

En 1958, Fender sort le Bassman 5F6-A. Quelques années plus tard, en Angleterre, un batteur de studio devenu marchand d'instruments du nom de Jim Marshall en démonte un exemplaire avec son technicien pour comprendre comment il fonctionne. Les Fender coûtent cher à importer et les guitaristes londoniens réclament plus de puissance et plus de saturation que ce que le marché propose alors. De ce démontage sort, en 1962, le tout premier ampli Marshall, le JTM45, largement inspiré du circuit du Bassman mais avec des lampes européennes et un grain différent. Sans le savoir, Fender venait de fabriquer l'ancêtre direct du son Marshall qui allait, une décennie plus tard, définir le hard rock et le heavy metal.

Ce qui rend le son à lampes si particulier, c'est la façon dont il sature : poussée dans ses retranchements, une lampe déforme le signal de façon progressive et harmonique, un peu comme une voix qui monte dans les aigus en forçant. C'est cette saturation naturelle, chaude, qui a valu aux amplis à lampes leur statut quasi sacré, et qui explique pourquoi, encore aujourd'hui, un guitariste de studio préfère souvent trimballer 20 kilos de matériel plutôt que de s'en passer.

Le transistor, la révolution qu'on a longtemps snobée

Au début des années 1960, un nouveau composant arrive sur le marché de l'électronique grand public : le transistor. Moins cher à produire, plus léger, plus fiable, il ne demande pas de temps de chauffe et tombe beaucoup moins souvent en panne qu'une lampe fragile. Leo Fender lui-même, pourtant à l'origine du son à lampes qu'on vient de décrire, sent le vent tourner et lance dès le milieu des années 1960 sa propre gamme d'amplis à transistors, convaincu que cette technologie allait finir par remplacer la lampe presque partout.

Le pari n'était pas complètement gagné sur le plan sonore : les premiers amplis à transistors ont la réputation, méritée à l'époque, de saturer de façon plus dure et moins agréable à l'oreille qu'une lampe, un défaut qui leur collera longtemps à la peau. Mais sur les sons clairs, le transistor s'impose au contraire très vite comme une référence. Le meilleur exemple reste le Roland JC-120, sorti en 1975 : entièrement à transistors, il devient l'ampli de prédilection de générations de guitaristes en quête d'un son cristallin et d'un chorus stéréo inimitable, de The Police à une bonne partie de la scène metal moderne pour les sons clairs entre deux riffs saturés.

Aujourd'hui encore, le transistor reste imbattable sur un point précis : le rapport qualité-prix. Plus léger, plus robuste, moins cher à l'achat, c'est souvent la porte d'entrée idéale pour un guitariste qui débute, avant d'éventuellement basculer vers d'autres technologies une fois que son oreille s'est affinée.

La modélisation numérique, la troisième voie

La dernière grande famille est aussi la plus jeune. À la fin des années 1990, Line 6 lance le POD, un petit boîtier rouge en forme de haricot qui tient sur un bureau et qui promet, en 1998, de simuler numériquement quinze amplis mythiques. Pour beaucoup de guitaristes de studio, c'est une petite révolution : plus besoin de trimballer un combo de 25 kilos ni de réveiller tout l'immeuble pour obtenir un son correct, la simulation suffit à s'enregistrer chez soi à n'importe quelle heure.

La technologie a mis près de quinze ans à vraiment convaincre les plus sceptiques. Le vrai tournant arrive en 2011, avec le Kemper Profiler : plutôt que de simuler un ampli à partir d'un modèle théorique, l'appareil capture littéralement l'empreinte sonore d'un ampli réel, lampes comprises, pour la reproduire ensuite à l'identique. Depuis, des concurrents comme les Fractal Axe-FX ou plus récemment les Neural DSP Quad Cortex ont encore affiné le procédé, au point que des groupes entiers tournent aujourd'hui sans un seul ampli à lampes sur scène, remplacés par un unique boîtier envoyé directement dans la sono.

L'avantage est évident : un poids ridicule, des centaines de sons stockés en mémoire, aucun risque de tomber en panne de lampe en plein concert, et la possibilité de changer de son en une fraction de seconde entre deux morceaux. Le débat, lui, n'est toujours pas complètement clos : certains guitaristes continuent de préférer le grain et la réponse dynamique d'un vrai ampli à lampes sous les doigts, quand d'autres ne voient plus aucune raison de s'en encombrer.

Une anecdote qui résume bien tout ça

S'il fallait une seule histoire pour illustrer à quel point le choix d'un ampli peut devenir une obsession, ce serait celle du fameux « brown sound » d'Eddie Van Halen. Pour obtenir son grain si particulier sur les premiers albums de Van Halen, le guitariste utilisait un Variac, un boîtier normalement destiné à faire varier la tension électrique d'un appareil, pour sous-alimenter volontairement son Marshall. Résultat : les lampes saturaient à un volume moins destructeur pour les oreilles, avec un grain plus doux et plus rond que celui d'un Marshall poussé à fond. Le secret est resté flou pendant des années, alimentant toutes sortes de rumeurs, jusqu'à ce qu'Eddie Van Halen le confirme lui-même bien plus tard. Preuve, s'il en fallait une, qu'un bon son ne tient parfois qu'à un simple réglage de tension électrique et à beaucoup de patience.

Alors, lequel choisir ?

Il n'y a pas de mauvaise réponse, seulement des priorités différentes. Pour un son authentique, une réponse dynamique sous les doigts et l'expérience d'un vrai combo qui vibre dans la pièce, la lampe reste indétrônable, au prix d'un entretien régulier et d'un poids qui n'a rien d'anecdotique. Pour un premier ampli fiable, léger et abordable, ou pour des sons clairs impeccables, le transistor reste un choix redoutablement efficace. Et pour un guitariste qui joue dans plusieurs styles, qui enregistre chez lui à toute heure ou qui doit voyager léger en tournée, la modélisation numérique offre aujourd'hui une polyvalence qu'aucune des deux autres technologies ne peut égaler.

Un mot pour finir

Ce qui me frappe avec cette histoire d'amplis, c'est qu'elle reflète exactement les mêmes débats que ceux qu'on retrouve du côté des guitares ou des synthés : l'éternelle tension entre le grain d'un objet analogique imparfait et la fiabilité rassurante du numérique. Les trois familles cohabitent aujourd'hui sans qu'aucune n'ait vraiment éliminé les autres, et c'est plutôt une bonne nouvelle : ça laisse à chacun la liberté de trouver le son qui lui correspond, sans avoir à choisir un camp une fois pour toutes.

Pour ma part, en live, je joue avec une tête Orange Dark Terror à lampes de 15 watts et un baffle Orange 2x12 avec des Celestion Vintage 30. Quinze watts seulement, mais à lampes, ça suffit largement pour délivrer un son puissant. Pour preuve, je n'ai jamais poussé le volume à plus de 6 et le gain à 8 en concert. Le seul inconvénient, c'est le poids du baffle : il est tellement lourd que j'ai fini par lui monter des roulettes Ampeg dessous, uniquement pour éviter de me briser le dos entre la voiture et la scène. La preuve que même le choix le plus assumé a toujours sa petite contrepartie très concrète. Et je n'ose imaginer les guitaristes qui jouent sur un cab 4x12.

Si vous hésitez encore entre ces trois types d'amplis, la meilleure méthode reste la plus simple : venir en essayer plusieurs côte à côte et laisser vos oreilles trancher.

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