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MXR, l'histoire d'un atelier de réparation devenu légendaire


S'il y a bien 3 lettres qui claquent sur un pedalboard, c'est bien "MXR". La Phase 90 orange, la Dyna Comp rouge, la Distortion+ jaune : ces boîtiers compacts ont façonné le son du rock des années 70 jusqu'à aujourd'hui. Et comme souvent dans cette industrie, tout est parti d'une frustration toute simple : deux techniciens qui en avaient assez de réparer des pédales de mauvaise qualité.

Deux lycéens frustrés par le matériel qu'ils réparaient

L'histoire commence au lycée, à Rush-Henrietta Senior High School, près de Rochester, dans l'État de New York. Keith Barr et Terry Sherwood, deux amis passionnés d'électronique, montent ensemble un petit atelier de réparation audio baptisé Audio Services. Ils dépannent des tables de mixage, des chaînes hi-fi, et pas mal de pédales de guitare appartenant à des clients du coin.

C'est justement ce défilé de pédales dans leur atelier qui va tout déclencher. Barr et Sherwood sont sidérés par la piètre qualité de ce qui existe alors sur le marché des effets pour guitare : des boîtiers fragiles, des sons approximatifs, du matériel qui lâche au pire moment sur scène. Ils se disent qu'ils peuvent clairement faire mieux, et décident de concevoir eux-mêmes leurs propres pédales, plus solides, mieux finies, et surtout avec un son qui tienne la route.

Le nom de leur future entreprise leur vient d'un ami, presque par hasard. Puisqu'ils réparaient des tables de mixage ("mixers" en anglais), celui-ci leur suggère tout simplement "MXR", en clin d'œil au mot. Le nom reste, même si l'entreprise ne fera quasiment jamais de mixers de toute son histoire : ce sera les pédales, et rien que les pédales, qui porteront ce sigle devenu culte.

La Phase 90, une pédale née dans un sous-sol

MXR Phase 90

En 1974, Keith Barr, véritable virtuose de l'électronique du duo, conçoit et développe la toute première pédale MXR : la Phase 90. Un phaser d'une simplicité redoutable, avec un seul potentiomètre de vitesse, mais capable de produire ce son tourbillonnant et chaud qui allait devenir la signature de toute une génération de guitaristes.

Les tout premiers exemplaires sont assemblés à la main, à quelques dizaines d'unités, dans le sous-sol de leur atelier. Barr et Sherwood les vendent directement depuis le coffre de leur voiture, à la sortie des concerts. Une méthode de distribution artisanale, presque improvisée, mais qui fonctionne au-delà de leurs espérances : la réponse du public est immédiate.

Leur toute première publicité imprimée, au dos du magazine Rolling Stone, tranche avec les codes publicitaires habituels. Une simple photo de la Phase 90 posée sur un lit de feuilles, sans prix, sans explication technique, juste une phrase énigmatique : "MXR : nous sommes là...". Personne n'avait encore entendu cette pédale à l'époque, mais le message a suffi à intriguer toute une génération de guitaristes.

Trois nouvelles pédales, et l'entreprise décolle

Fort du succès de la Phase 90, MXR élargit rapidement son catalogue avec trois nouveaux modèles qui allaient, eux aussi, entrer dans la légende : la Distortion+, la Dyna Comp, et la Blue Box Octave Fuzz.

La Distortion+ propose une distorsion à écrêtage dur typique des amplis opérationnels des années 70, dans la lignée de ce qu'on retrouvera plus tard sur la DOD 250 ou la Ross Distortion. Elle deviendra un des piliers du son heavy metal naissant grâce à Randy Rhoads, le guitariste d'Ozzy Osbourne, qui l'utilise pour sculpter le son de l'album "Blizzard of Ozz".

La Dyna Comp, sortie en 1976, marque quant à elle l'histoire de la compression pour guitare. C'est le tout premier compresseur à utiliser la puce RCA VCA 3080, une petite révolution technique à l'époque. Le résultat : un sustain doux et une égalisation naturelle du niveau de jeu qui séduisent immédiatement des artistes comme David Gilmour de Pink Floyd, qui l'intègre durablement à son pedalboard. La Dyna Comp sera copiée un nombre incalculable de fois par la concurrence, au point de devenir une référence absolue du genre.

Enfin, la Blue Box Octave Fuzz, avec son octaveur agressif combiné à un fuzz saturé, se taille une place de choix sur des enregistrements emblématiques. Jimmy Page l'utilise notamment pour le solo de "Fool in the Rain" de Led Zeppelin, preuve que même les plus grands guitaristes de l'époque n'hésitaient pas à piocher dans le catalogue de ces deux anciens réparateurs de Rochester.

L'âge d'or : quand MXR écrit la bande-son du rock

Durant la seconde moitié des années 70, MXR devient une entreprise multimillionnaire employant plus de 250 personnes, une croissance fulgurante pour une société née dans un sous-sol quelques années plus tôt. Les pédales MXR se retrouvent sur les albums et les scènes des plus grands noms du rock.

Sur "Eruption", le morceau qui a redéfini le jeu de guitare rock à lui seul, Eddie Van Halen utilise une Phase 90 pour habiller son jeu de ce tourbillon si reconnaissable. Presque tout le premier album de Van Halen repose d'ailleurs sur cette même pédale. Keith Richards, de son côté, utilise une Phase 100 (la version plus poussée de la Phase 90) sur le morceau "Shattered" des Rolling Stones.

Phase 90 Eddie Van Halen

Les connaisseurs de pédales vintage distinguent d'ailleurs deux grandes périodes dans la production MXR de cette époque : l'ère dite "Script", reconnaissable à son logo en écriture cursive sur le boîtier, puis l'ère "Block", avec un lettrage en capitales plus carré. Les toutes premières pédales, avant même l'adoption du boîtier MXR caractéristique, étaient produites dans des coffrets génériques de la marque Bud, aujourd'hui très recherchés par les collectionneurs.

Petite anecdote au passage : Keith Barr et Terry Sherwood n'étaient pas seuls au tout début de l'aventure. Un troisième complice, Michael Laiacona, fait également partie des fondateurs de MXR Innovations. Il quittera par la suite l'entreprise pour fonder Whirlwind USA, un fabricant américain de câbles et de matériel de sonorisation toujours actif aujourd'hui. Comme quoi, cette petite bande de passionnés de Rochester aura, chacun de son côté, laissé une empreinte durable sur l'industrie musicale.

La chute, puis le sauvetage par Dunlop

Le succès ne dure malheureusement pas éternellement. Dans les années 80, la concurrence rattrape MXR, de nouveaux fabricants proposent des pédales tout aussi solides à des prix plus agressifs, et l'entreprise finit par mettre la clé sous la porte. Une fin brutale pour une marque qui avait pourtant écrit une partie de l'histoire du son électrique.

Mais les pédales, elles, n'ont jamais vraiment quitté le cœur des guitaristes. C'est là qu'intervient un nom que les habitués du blog reconnaîtront : Jim Dunlop, déjà croisé dans notre article sur l'histoire du médiator moderne et le rachat de la légendaire pédale Cry Baby. En 1987, Dunlop rachète à son tour la marque MXR et entreprend de la faire renaître de ses cendres, en commençant logiquement par rééditer les quatre pédales fondatrices : Phase 90, Distortion+, Dyna Comp, et Blue Box.

Keith Barr, un génie qui ne s'est jamais arrêté

La fermeture de MXR n'a pas signé la fin de la carrière de Keith Barr, loin de là. Cet ingénieur largement autodidacte (il avait quitté le lycée à 16 ans après avoir suivi tous les cours de sciences disponibles) déménage à Los Angeles et fonde, en 1984, une nouvelle entreprise : Alesis.

Là encore, Barr révolutionne un pan entier de l'industrie musicale, mais cette fois du côté du studio d'enregistrement plutôt que des pédales de guitare. Son premier produit chez Alesis, la réverbération numérique XT Reverb, casse les prix du marché en proposant un son numérique de qualité pour moins de 800 dollars, là où ce genre de matériel coûtait jusqu'alors des dizaines de milliers de dollars. Il enchaîne avec le MIDIverb, premier processeur d'effets 16 bits sous la barre des 1000 dollars.

Mais l'invention qui marquera le plus durablement l'histoire de l'enregistrement, c'est l'ADAT, dévoilé en 1991 : un enregistreur numérique huit pistes capable de stocker du son de qualité professionnelle sur une simple cassette vidéo, pour une fraction du prix des consoles numériques haut de gamme de l'époque. Grâce à cette invention, le home studio numérique, jusque là réservé à une poignée de professionnels fortunés, devient enfin accessible au commun des musiciens. Une révolution qui doit beaucoup à cet ingénieur qui, quelques années plus tôt, bricolait des pédales de phaser dans un sous-sol de Rochester.

Keith Barr continuera d'innover jusqu'à la fin de sa vie, notamment avec le synthétiseur analogique Andromeda A6 chez Alesis, puis avec la conception de puces audio pour sa propre société, Spin Semiconductor. Il s'éteint en 2010, à l'âge de 61 ans, laissant derrière lui un héritage technique qui dépasse largement le monde de la guitare : sans lui, ni les pédales MXR, ni le home studio moderne n'auraient probablement le même visage aujourd'hui.

MXR aujourd'hui, entre héritage et modernité

Sous l'égide de Dunlop, MXR ne se contente pas de vivre sur ses acquis. La marque continue d'innover tout en respectant son ADN d'origine : un bouton, une fonction, un son analogique franc, sans fioritures inutiles. En 2008 sort la Carbon Copy, un delay analogique qui deviendra instantanément culte, au point de décliner par la suite en versions Bright et Mini.

MXR Carbon Copy

MXR développe également un Custom Shop, un véritable terrain de jeu pour l'équipe technique, qui recrée à l'identique certains modèles vintage disparus, comme la Phase 45 câblée à la main, ou qui invente de toutes pièces des pédales expérimentales en édition limitée. Une gamme Bass Innovations voit également le jour, pensée spécifiquement pour les besoins des bassistes, avec des modèles comme la Bass Octave Deluxe, récompensée par plusieurs prix spécialisés.

La marque élargit aussi son catalogue avec des effets historiques qui n'étaient pourtant pas nés chez MXR à l'origine, comme la Talk Box ou le chorus Uni-Vibe, recréés avec un soin maniaque du détail. Des pédales signature voient également le jour, développées main dans la main avec des guitaristes comme Eddie Van Halen, Slash, Zakk Wylde ou Dimebag Darrell, preuve que la marque garde toujours ce lien de proximité avec les artistes qui l'ont fait connaître.

En 2014, pour ses 40 ans, MXR célèbre son histoire avec une série de mini-documentaires, racontant le chemin parcouru depuis les pédales vendues dans le coffre d'une voiture jusqu'aux plus grandes scènes du monde. Aujourd'hui encore, une bonne partie des pédales MXR sont assemblées aux États-Unis, avec le même souci du détail sur les composants et les tests finaux qui a fait la réputation de la marque depuis ses débuts.

Ce qu'on en retient

Ce qui frappe, quand on regarde l'histoire de MXR, c'est la simplicité du point de départ. Deux lycéens agacés par le matériel qu'ils réparaient, une frustration transformée en projet, et une pédale bricolée dans un sous-sol qui allait finir sur les albums de Led Zeppelin, Pink Floyd ou Van Halen. Rien de plus concret que ça pour comprendre pourquoi ces boîtiers orange, jaunes et rouges ont autant marqué l'histoire du son électrique.

Aujourd'hui, les pédales MXR originales des années 70, notamment celles de l'ère "Script" dans leurs boîtiers Bud d'origine, sont devenues de véritables objets de collection, recherchées aussi bien pour leur son que pour leur histoire. On croise régulièrement des guitaristes prêts à payer plusieurs centaines d'euros pour une Phase 90 vintage en bon état, quand la version rééditée par Dunlop, tout aussi fidèle au circuit d'origine, coûte une fraction de ce prix. Une preuve de plus que, dans le monde du matériel vintage, l'histoire d'un objet compte parfois autant que sa sonorité.

Et cette histoire, justement, continue de s'écrire. Entre les rééditions du Custom Shop, les collaborations avec de nouveaux artistes, et les pédales grand public qui équipent aujourd'hui aussi bien les débutants que les professionnels, MXR reste un des rares noms de l'industrie à avoir traversé cinquante ans sans jamais vraiment perdre son âme.

Si vous passez à la boutique et que vous voulez tester une Phase 90 ou une Dyna Comp, n'hésitez pas à venir les brancher directement sur un ampli. Ce genre de pédale, ça s'écoute beaucoup mieux qu'on peut vous le raconter.

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